Gallimard

  • « Je me souvenais qu'un jour, dans une plaisanterie sans gaîté, Charlotte m'avait dit qu'après tous ses voyages à travers l'immense Russie, venir à pied jusqu'en France n'aurait pour elle rien d'impossible [...]. Au début, pendant de longs mois de misère et d'errances, mon rêve fou ressemblerait de près à cette bravade. J'imaginerais une femme vêtue de noir qui, aux toutes premières heures d'une matinée d'hiver sombre, entrerait dans une petite ville frontalière [...]. Elle pousserait la porte d'un café au coin d'une étroite place endormie, s'installerait près de la fenêtre, à côté d'un calorifère. La patronne lui apporterait une tasse de thé. Et en regardant, derrière la vitre, la face tranquille des maisons à colombages, la femme murmurerait tout bas : "C'est la France... Je suis retournée en France. Après... après toute une vie." »

    1 autre édition :

  • Requiem pour l'est

    Andreï Makine

    " je me savais à présent incapable de dire la vérité de notre temps.
    Je n'étais ni un témoin objectif, ni un historien, ni surtout un sage moraliste. je pouvais tout simplement reprendre ce récit interrompu alors par la nuit, par les routes qui nous attendaient, par les nouvelles guerres. " un médecin militaire, engagé par les services de renseignements soviétiques, retrace l'hallucinant destin de son grand-père nikolaï et de son père pavel, les oppressions des années 20, les purges, les violences nazies et la seconde guerre mondiale...
    Un chant pour les morts d'hier et aujourd'hui, une tragédie jalonnée de crimes, de viols et d'illusions perdues.

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  • " il semblait que le monde allait tressaillir et qu'une fête sans fin allait commencer ici et sur la terre entière.
    " olia est née, un jour de novembre, dans cette atmosphère de liesse de l'après-guerre oú tout paraît possible.
    Mais les rêves que construit ivan, le héros décoré de l'etoile d'or de l'union soviétique, à la naissance de sa fille ne sont qu'illusion.
    Dans ce premier roman, andreï makine brosse le portrait d'une génération perdue, dans une langue superbe de vérité.

    Traduit du russe par françoise bour.

  • " tout devait être exactement ainsi, elle le comprenait à présent : cette femme, cet adolescent, leur indicible intimité dans cette maison suspendue au bord d'une nuit d'hiver, au bord d'un vide, étrangère à ce globe grouillant de vies humaines, hâtives et cruelles.
    Elle l'éprouva comme une vérité suprême. une vérité qui se disait avec cette transparence bleutée sur le perron, le frémissement d'une constellation juste au-dessus du mur de la horde, avec sa solitude face à ce ciel. personne dans ce monde, dans cet univers ne savait qu'elle se tenait là, le corps limpide de froid, les yeux largement ouverts. elle comprenait que, dite avec les mots, cette vérité signifiait folie.
    Mais les mots à cet instant-là se transformaient en une buée blanche et ne disaient nue leur bref scintillement dans la lumière stellaire. ".

  • Andreï makine ouvre son roman sur une scène rêvée de notre occident.
    Un fantasme qui nous fera mesurer l'étendue de notre dépaysement.
    Les personnages appartiennent à un autre monde : le pays du grand blanc, au bord du fleuve amour.
    Dans ces lieux de silence, la vie pourrait se confondre avec de simples battements de coeur si chaque mouvement de l'âme n'apportait sa révélation. alors, le désir naît, de la sensualité des corps comme de la communion avec la nature offerte.
    L'amour a l'odeur des neiges vierges dans la profondeur de la taïga.
    L'occident fait signe. d'abord un train qui passe, le mythique transsibérien. puis un film français, vision d'une existence éblouissante, appel peuplé de grandes actions et de créatures sublimes.
    Le vertige d'une autre histoire née sur les rives du fleuve amour, aux berges de l'adolescence.

  • «C'est alors que, d'une voix presque éteinte, en acceptant l'échec et ne demandant plus rien, je parlai de Jacques Dorme. Je réussis à dire sa vie en quelques phrases brèves, nues. Je me trouvais dans un état d'abattement tel que j'entendais à peine ce que je disais. Et c'est dans cet état seulement que je fus capable d'exprimer toute la douloureuse vérité de cette vie. Un aviateur venu d'un pays lointain rencontre une femme du même pays que le sien et, pendant très peu de jours, dans un ville dont il ne restera bientôt que des ruines, ils s'aiment ; puis il part au bout de la terre pour conduire les avions destinés au front, et meurt, en s'écrasant sur un versant de glace, sous le ciel blême du cercle polaire.
    Je l'avais dit autrement. Non pas mieux, mais plus brièvement encore, plus près de l'essence de leur amour.»

  • Emigré à paris, kim s'adresse à son ami d'enfance, arkadi.
    Avant d'être séparés à l'âge de quatorze ans, les deux garçons ont grandi ensemble dans un hameau communautaire, non loin de leningrad.
    Kim et arkadi vivent des années heureuses. tous deux pionniers dans un mouvement de jeunesse, ils marchent fièrement vers l'horizon radieux que leur promettent les films de propagande, au rythme des chants qui célèbrent les héros de la guerre et la figure mythique du travailleur.
    Mais certains silences des parents sont lourds de sous-entendus. peu à peu émerge en eux le sentiment qu'on les dupe.
    Et pour l'adulte aux yeux depuis longtemps dessillés, la nostalgie est double : à celle des scènes de l'enfance que la mémoire baigne d'une lumière neigeuse, vient s'ajouter celle, plus inattendue, de l'époque du mensonge et de l'aveuglement.

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