Rocher

  • «C'est alors que, d'une voix presque éteinte, en acceptant l'échec et ne demandant plus rien, je parlai de Jacques Dorme. Je réussis à dire sa vie en quelques phrases brèves, nues. Je me trouvais dans un état d'abattement tel que j'entendais à peine ce que je disais. Et c'est dans cet état seulement que je fus capable d'exprimer toute la douloureuse vérité de cette vie. Un aviateur venu d'un pays lointain rencontre une femme du même pays que le sien et, pendant très peu de jours, dans une ville dont il ne restera bientôt que des ruines, ils s'aiment ; puis il part au bout de la terre pour conduire les avions destinés au front, et meurt, en s'écrasant sur un versant de glace, sous le ciel blême du cercle polaire. Je l'avais dit autrement. Non pas mieux, mais plus brièvement encore, plus près de l'essence de leur amour.» Intense épopée humaine, profonde quête des origines personnelles, La terre et le ciel de Jacques Dorme évoque le destin des hommes qui avaient "une certaine idée de la France". L'univers poétique de ce roman fait revivre les grands thèmes du Testament français (Prix Goncourt 1995) et du Requiem pour l'Est et parachève ainsi la trilogie franco-russe d'Andreï Makine.

  • Le monde selon Gabriel

    Andreï Makine

    • Rocher
    • 8 Novembre 2007

    Demain, ce monde sera peut-être le nôtre. La parole y est proscrite, les poètes cloués au pilori. Un média globalisé règne sur un troupeau de neuf milliards de spectateurs : quatre comédiens miment, devant une caméra, les haines et les amours qui animent l'humanité. Un mystérieux Grand Imagier se charge de commenter leur jeu. Le Choc des civilisations... Le Palmarès des victimes... Le Héros de notre temps. Devenus simples consommateurs d'images, nous n'avons plus besoin de penser. Qui manipule donc ainsi nos consciences ? Une secte cherchant à faire de nous des zombies qui préfèrent le message simpliste de l'écran à la complexité vivante d'un livre ? Ou bien le but de ces pitres serait-il de nous faire oublier ce Mur qui surplombe la scène avec la fureur d'une Apocalypse imminente... Leur divertissante dictature est sur le point de triompher quand surgit cet ultime espoir : la parole poétique. Celle qui éveille nos consciences engourdies par le flux décérébrant des images. Celle qui révèle, sous la grimace des masques, un visage unique et les blessures intimes des âmes malmenées. Le Monde selon Gabriel renoue avec le merveilleux des romans de Boulgakov et l'audace dramaturgique de Maïakovski. Ce théâtre novateur est un acte de révolte contre les dictatures douces qui nous guettent. Et aussi un acte de foi dont la force nous libère des rôles que la bêtise et la peur nous condamnent à jouer.

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