Bibebook

  • Le rouge et le noir

    Stendhal

    Outre l'intérêt propre du roman, son titre pique notre curiosité. Stendhal, raconte Romain Colomb, le trouva subitement et comme sous le coup de l'inspiration. Ce n'était peut-être qu'une concession à la mode du temps qui était aux noms de couleurs ; mais on a voulu y voir aussi une allusion aux hasards de la destinée analogues à ceux du jeu et le très érudit stendhalien Pierre Martino a retrouvé deux ouvrages anglais antérieurs à celui de Beyle et qui portent ce même titre pris dans cette acception très nette. D'autres ont émis l'hypothèse que ces couleurs soulignaient le conflit des idées de la gauche libérale avec les menées des prêtres et de la Congrégation sous le règne de Charles X.

  • Le Tour d'écrou

    Henry James

    Deux enfants, Miles et Flora, sont confiés, dans des circonstances un peu mystérieuses, à une gouvernante. Cette dernière acquiert bientôt la certitude que des esprits damnés persécutent les deux petits qui, par une sorte de connivence, gardent jalousement pour eux ce secret. Malgré tout, l'héroïne entreprend une lutte pour les libérer de cette possession dans une atmosphère de cauchemars et d'hallucinations... Dans la préface, Edmond Jaloux écrit: «Il semble que tous les personnages d'Henry James aient quelque chose de spectral. Et je le dis dans les deux sens du mot. Ce sont des projections de l'esprit sur d'autres projections de l'esprit, et il y a dans leurs passions, même les plus ardentes, quelque chose de glacé et d'étrange, parfois même d'inhumain, qui tout d'un coup nous fait souvenir qu'Henry James, après tout, a été le compatriote d'Edgar Poe.»

  • Adolphe

    Benjamin Constant

    Grand classique du roman d'amour, voici l'histoire malheureuse de Adolphe et Ellénore : Il l'a aimé tout de suite et avec passion... Mais, le coeur des hommes est souvent «girouette»... Elle l'a aimé trop tard, et pour son malheur... Extrait : Offerte à mes regards dans un moment où mon coeur avait besoin d'amour, ma vanité de succès, Ellénore me parut une conquête digne de moi. Elle-même trouva du plaisir dans la société d'un homme différent de ceux qu'elle avait vus jusqu'alors. Son cercle s'était composé de quelques amis ou parents de son amant et de leurs femmes, que l'ascendant du comte de P ** avait forcées à recevoir sa maîtresse. Les maris étaient dépourvus de sentiments aussi bien que d'idées ; les femmes ne différaient de leurs maris que par une médiocrité plus inquiète et plus agitée, parce qu'elles n'avaient pas, comme eux, cette tranquillité d'esprit qui résulte de l'occupation et de la régularité des affaires. Une plaisanterie plus légère, une conversation plus variée, un mélange particulier de mélancolie et de gaieté, de découragement et d'intérêt, d'enthousiasme et d'ironie étonnèrent et attachèrent Ellénore. Elle parlait plusieurs langues, imparfaitement à la vérité, mais toujours avec vivacité, quelquefois avec grâce. Ses idées semblaient se faire jour à travers les obstacles, et sortir de cette lutte plus agréables, plus naïves et plus neuves ; car les idiomes étrangers rajeunissent les pensées, et les débarrassent de ces tournures qui les font paraître tour à tour communes et affectées. Nous lisions ensemble des poètes anglais ; nous nous promenions ensemble. J'allais souvent la voir le matin ; j'y retournais le soir ; je causais avec elle sur mille sujets.

  • Sébastien Roch

    Octave Mirbeau

    Dans ce troisième roman signé de son nom, Mirbeau transgresse un tabou majeur : celui du viol d'adolescents par des prêtres, sujet dont on n'a commencé à parler qu'un siècle après sa publication. Aussi bien ce beau et émouvant roman a-t-il été victime d'une véritable conspiration du silence. C'est le récit du sacrifice d'un enfant dont toutes les qualités sont détruites par ses années de collège et les viols qu'il y subit. Arrivé sain de corps et d'esprit au collège des Jésuites de Vannes - où Mirbeau lui-même fit ses études et dont il a été chassé dans des conditions plus que suspectes, en 1863 - le jeune Sébastien Roch, au prénom et au patronyme hautement significatifs, est souillé à jamais et lui aussi injustement chassé sous une accusation infâmante. L'éducation jésuitique constitue un viol de son esprit, suivi du viol de son corps, au terme d'une entreprise de séduction conduite cyniquement par un prêtre machiavélique, son propre maître d'études, le Père de Kern. Celui-ci le fait encore chasser honteusement du collège sous prétexte de prétendues « amitiés particulières » avec son seul ami et confident, le taiseux et révolté Bolorec. Extrait : Un père surveillant, qui, non loin de là, lisait son bréviaire, vint se mêler au groupe. L'enfant se crut sauvé : « Il va les faire taire, les punir », pensa-t-il. S'étant informé pourquoi l'on riait de la sorte, le Jésuite se mit, lui aussi, à rire, d'un rire amusé, discret et paterne, tandis que son ventre rond, secoué de légers soubresauts, gonflait gaiement la soutane noire. Alors, pour ne plus entendre ces rires et ces voix qui lui faisaient mal, pour échapper à ses regards qui le martyrisaient, Sébastien courba la tête et s'éloigna désespéré. Dans la vaste cour, entourée d'une haute barrière blanche et fermée sur le parc par une quadruple rangée d'ormes grêles, les enfants de son âge couraient, jouaient, d'autres se promenaient, bras dessus, bras dessous, sérieux et bavards ; d'autres encore, assis sur les marches du jeu de paume, narraient les prouesses de leurs vacances. Il n'en connaissait aucun. Pas un visage ami, pas une allure familière, pas une main prête à se tendre vers sa détresse de nouveau venu. Avec une serrée au coeur, il observait que des élèves, arrivés comme lui, de la veille, comme lui dépaysés, perdus, tout bêtes, se cherchaient, se rapprochaient, commençaient des ébauches d'amitié, sous l'oeil favorable des maîtres. Seul, il restait à l'écart, n'osant faire aucune avance, de peur des rebuffades ; il sentait s'élargir le vide autour de lui, irrémédiablement, il le sentait s'élargir de tout l'infranchissable espace, de tout l'inviolable univers qui le séparait de Guy de Kerdaniel, et des autres, de tous les autres.

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