Nouveau Monde

  • Par la longévité et l'ampleur de son succès, géré avec une remarquable efficacité, Madonna s'est imposée comme une des icônes de la culture populaire mondiale, des années 1980 à nos jours. Chanteuse, actrice, mannequin, mère, écrivain, femme d'affaires... : elle affirme à chaque époque la volonté de se mettre en scène comme une artiste complète. Cet essai analyse comment Madonna a construit depuis vingt ans les multiples visages de son image médiatique, réinventant son passé au besoin, assimilant et recyclant aussi bien les grandes références culturelles américaines (Greta Garbo, Rita Hayworth, Marilyn Monroe...) que les tendances sociologiques et artistiques d'avant-garde. L'auteur montre qu'elle a bâti ses incarnations successives en jouant sur les contraires (vierge et vamp, féministe et nymphomane, catholique et provocatrice...) dans une démarche postmoderne implicite, mais très consciente et maîtrisée. Un art poussé à un degré atteint par très peu d'autres artistes comme David Bowie. Cet essai très documenté ne laisse dans l'ombre aucune des facettes du personnage et en fournit quelques clés de lecture particulièrement efficaces pour expliquer son impact.

  • Le XIXe siècle marque l'émergence et le renforcement des processus de solidarité politique transnationale qui vont réaffirmer le peuple comme instance légitimatrice et comme acteur politique d'un vaste mouvement de politisation populaire par-delà les frontières. Si le terme de " solidarité internationale " renvoie avant tout à l'héritage socialiste et ouvrier, des travaux plus récents ont mis en évidence l'existence de multiples internationales politiques informelles au cours du siècle : internationale libérale, internationale démocrate ou encore internationale blanche contre-révolutionnaire.
    Or, pour se faire entendre et pour agir, ces internationales faiblement structurées ont pu, elles aussi, compter sur la presse et, plus largement, sur des dispositifs médiatiques qui dépassaient largement les frontières. Ce dossier souhaite précisément proposer une approche comparative et diachronique du XIXe siècle à nos jours, afin d'étudier la manière dont les mobilisations militantes menées au nom de la solidarité internationale se sont appuyées à l'époque contemporaine sur des dispositifs médiatiques qui ont tout à la fois perduré d'une décennie à l'autre, tout en s'adaptant en grande partie à des contextes politiques, sociaux et technologiques, nationaux et internationaux, en constante mutation.
    En quoi les médias ont-ils à la fois été un creuset et un lieu d'expression de ces mobilisations transnationales ? Les travaux présentés ici se trouvent ainsi à la croisée de l'histoire des médias, de l'histoire des cultures et pratiques politiques et de l'histoire des circulations transnationales et de l'exil. Sans nullement aspirer à dresser un tableau exhaustif de l'ensemble de la période, du moment matriciel du philhellénisme dans les années 1820 aux mobilisations transnationales de soutien au syndicat Solidarno dans la Pologne communiste des années 1980, les différents cas d'étude retenus ici s'interrogent aussi bien sur les acteurs et pratiques médiatiques engagés dans ces appels à la solidarité que sur les formes médiatiques mobilisées lors des campagnes lancées à l'échelle internationale et sur les effets, autant sur l'opinion publique que sur les mouvements même de solidarité, d'une médiatisation plus ou moins massive et contrôlée.
    Coordination : Alexandre DUPONT, Maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Strasbourg/ARCHE. Caroline MOINE, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université Paris-Saclay, UVSQ/CHCSC, Centre Marc Bloch (Berlin).

  • Le onzième numéro de la revue d'histoire, Le Temps des Médias, dirigée par Christian Delporte, directeur du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines et professeur à l'UVSQ, vient de paraître. Son dossier s'intitule : "Espaces européens et transferts culturels" L'histoire des circulations et transferts culturels a fait l'objet de nombreuses études depuis une vingtaine d'années, sur la lancée en France des travaux de Michel Espagne et Michael Werner. Le domaine des médias, pourtant structurellement animé par des circulations et des réseaux, est cependant resté partiellement hors de cette nouvelle dynamique historiographique : le cadre national demeure largement prédominant, dans une série de monographies, au mieux inscrites dans des perspectives comparatives portant sur des aires culturelles considérées comme closes. Ce dossier propose de s'interroger précisément sur les dynamiques internationales et transnationales qui animent l'histoire des médias à l'appui d'une série d'études empiriques allant du XVIIe au XXIe siècle.

  • Le Canard fête ses 90 ans ! Né en 1915 pendant la Première Guerre mondiale, le célèbre journal satirique est resté longtemps un des plus mal connus de la presse française.
    Dans cet ouvrage, l'auteur étudie pour la première fois tous les aspects de l'impertinent hebdomadaire. Des prises de position de trois générations de journalistes à son rôle lors des événements politiques majeurs du siècle, voici l'histoire pleine de rebondissements, écrite dans un style alerte, d'un journal qui a influencé la vie politique des trois dernières Républiques, jusqu'à la récente affaire Gaymard.

  • Comment représenter la gloire ? Comment dire la gloire et sa proximité avec la vanité ? La gloire emplit en premier lieu le registre du divin. Elle s'est déplacée vers le champ du politique et du militaire. Elle pare le pouvoir, confirme sa légitimité. Elle est le fait du roi, du héros comme du bienfaiteur. Si la gloire des grands hommes s'impose, elle ne se décrète pas mais elle suppose la reconnaissance des autres. Des siècles absolutistes à la monarchie éclairée, à l'Empire, aux régimes démocratiques et aux régimes totalitaires, elle s'exprime par des gestes et des postures. Elle se dit en des termes qui évoluent en même temps que le rapport des sociétés au pouvoir. Les souverains lui accordent leur attention et déploient une politique de la représentation et de l'image. La gloire s'exprime au théâtre comme dans l'architecture, dans la peinture, dans la sculpture ; elle se monumentalise mais peut-elle encore s'exposer dans les musées contemporains ? On se demandera, avec Sociétés & Représentations, s'il reste une place pour la gloire au cours d'un XXe siècle où celle-ci semble mise à mal, entre régimes dictatoriaux et totalitaires, conflits et fanatismes de tous ordres.

  • Depuis plusieurs siècles, la médecine et les médecins ont inspiré une abondante production de textes et d'iconographie. Cette nouvelle livraison de Société et représentation a choisi de s'intéresser tout particulièrement aux médecins prescripteurs d'images : producteurs directs de ces figurations, comme le sont, par exemple, les médecins écrivains, notamment Martin Winckler dont le témoignage est ici reproduit ; ou indirects lorsqu'il s'agit de films d'éducation sanitaire, de gravures de monographies médicales, de fresques de salles de garde ou de publicité pharmaceutiques. Dans tous les cas, les médecins sont bien les « prescripteurs » de ces productions, dans la mesure où ils en supervisent la réalisation et/ ou en édictent les règles. Ils en sont même, parfois, les principaux destinataires.
    Ayant ainsi restreint le cadre de nos investigations, une question centrale sous-tiendra l'articulation de ce dossier forcément non exhaustif : comment les médecins choisissent-ils de se représenter et que peut-on en déduire de la place que cette corporation s'assigne dans nos sociétés ? L'approche interdisciplinaire de Société et représentations devrait nous fournir des éléments de réponse.

  • Sociétés et Représentations : ces deux termes méritent d'être pesés, car ils associent dans leur pluralité et leur transversalité chacune des notions composant les champs d'analyse de cette revue de sciences humaines orientée vers les questions de société et portée à l'examen des représentations. Certes, les objets visés par cette publication semestrielle s'inscrivent dans de vastes domaines, qui peuvent sembler difficiles à cerner, mais qui dessinent de larges perspectives. Aussi, après plus de dix années et vingt-quatre livraisons, s'agira-t-il de faire jouer encore davantage ces concepts en croisant les regards critiques, les lectures transhistoriques et les approches pluridisciplinaires - où dialoguent des savoirs qui habituellement s'ignorent ou se limitent à cohabiter : l'histoire en ses multiples formes, la communication, l'histoire de l'art, la sociologie, les sciences du vivant... -.
    De la période moderne à l'époque contemporaine, les images matérielles et mentales seront interrogées en tant qu'elles répondent aux demandes sociales et qu'elles les transforment en retour. De la littérature à la peinture, de l'illustration au cinéma, de la photographie à la télévision, des figures circulent sans relâche et s'éclipsent, mutent ou s'adaptent, selon des migrations d'un support à un autre, dont les généalogies sont souvent ignorées et qui renseignent sur des pratiques sociales données.
    Les sujets abordés pourront parfois paraître insolites, secondaires ou marginaux ; au-delà de l'anecdote, ils seront questionnés pour leur capacité à résonner. En effet, l'ambition de la présente publication est, en s'attachant au décryptage de sujets délaissés par les médias généralistes, d'informer et de susciter la réflexion, avec le recul qu'autorisent la périodicité et le format de la revue. Mais Sociétés et Représentations entend également ouvrir des questions nouvelles ou rouvrir des débats peu explorés, proposer des points de vue et risquer des hypothèses, susciter des discussions et favoriser des interrogations épistémologiques. À cette fin, l'équipe de la rédaction veillera à la complémentarité des approches, à la précision des sources documentaires et à la lisibilité des contributions, de même qu'elle cherchera à accorder une tribune régulière à de jeunes chercheurs. Plurielle par ses objets et pluraliste par ses approches, Sociétés et Représentations souhaite être attentive aux enjeux que pose la société actuelle, en les historicisant, pour participer à un renouvellement des manières de la penser.

  • Le commerce du livre est avant tout une affaire de territoires : aires linguistiques, territoires géographiques de distribution, frontières nationales circonscrivant des espaces juridiques et des politiques publiques, territoires imaginaires associant des identités à des lieux.
    Loin d'ouvrir un espace de circulation libre, la mondialisation consiste en une lutte pour la redéfinition des territoires de distribution des produits culturels. elle s'est manifestée, dans le domaine du livre, par une recomposition de l'espace éditorial mondial à la suite de la chute du mur de berlin et de la fin des dictatures militaires dans les pays hispanophones, ainsi que par une forte intensification de la circulation transnationale des livres.
    Ces évolutions ne sont pas réductibles au processus de concentration, à travers lequel on analyse habituellement les transformations du marché du livre. elles dessinent une nouvelle configuration des relations spatiales structurant ce marché mondialisé. ce volume constitue une première tentative d'appréhender les effets de la mondialisation sur le marché du livre à partir d'études empiriques. il croise les regards de plusieurs disciplines et spécialités : les sociologues de l'édition et de la traduction, les historiens du livre et les traductologues.
    Les échelles d'observation varient des mouvements des grands groupes aux stratégies collectives et individuelles des petits éditeurs indépendants, des enjeux géopolitiques à leur représentation dans les polémiques ou dans la production livresque, de l'évolution des pratiques et des représentations de la coédition à l'étude d'un projet de collection transnationale, des flux de traduction entre pays à l'analyse textuelle des traductions en circulation.

  • Le dixième numéro de la revue d'histoire, Le Temps des Médias, dirigée par Christian Delporte, directeur du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines et professeur à l'UVSQ, vient de paraître. Son dossier s'intitule : " Peopolisation et politique ". Depuis le début des années 2000, la notion de peopolisation est au coeur des débats sur la médiatisation de la politique en France. L'appellation est à la mode mais les deux phénomènes qu'elle désigne - mise en vedette des responsables politiques et étalage de leur vie privée - sont-ils pour autant inédits ? Dépassant la simple polémique, le n°10 du Temps des médias met en perspective la peopolisation politique dans différents contextes historiques et/ou géographiques, et sous plusieurs éclairages disciplinaires : histoire, science politique, sociologie, narratologie et sciences de l'information et de la communication. De Marie-Antoinette à Nicolas Sarkozy, en passant par Guillaume II et John Fitzgerald Kennedy, ce numéro permet ainsi de mieux comprendre les conditions historiques mais également les formes médiatiques et les enjeux des entrecroisements entre spectacle, politique et vie privée.

  • Deux fois par an, Le Temps des médias témoigne de la vitalité de la recherche historique et éclaire les grands débats contemporains sur les médias. Ses colonnes sont ouvertes à tous ceux qui, historiens ou non, contribuent à une mise en perspective. Outil de diffusion des connaissances, notre revue est aussi un espace de réflexion méthodologique et épistémologique sur la pratique de l'histoire, et un lieu d'échange entre les disciplines. Chaque numéro est organisé autour d'un dossier, fondé sur une thématique, un objet, une grande question générale. Le premier d'entre eux, " Interdits. Tabous, transgressions, censure ", indique une des démarches possibles. Les controverses actuelles, nourries par le rapport Kriegel et le supposé " retour à l'ordre moral ", méritent, croyons-nous, la définition de quelques jalons historiques. Au dossier succède Territoires d'études, rubrique des recherches en cours qui, parfois, fait le point, en quelques articles, sur une question importante : c'est le cas ici, avec le thème " Ethique et journalisme ". Nous donnons aussi la parole aux acteurs, aux témoins, aux chercheurs, aux professionnels des médias qui, lors d'Entretiens, nous enrichissent par leur expérience. Qui, mieux que Michel Polac, familier des émissions suspendues, pouvait évoquer la censure à la télévision ? Enfin, Le Temps des médias s'applique à fournir au lecteur la plus dense information sur les parutions récentes, les recherches universitaires, l'actualité scientifique internationale, mais aussi d'utiles instruments d'étude (ressources en ligne, avec Medianet ; exposé bibliographique et historiographique, avec Le point sur...).

  • Avant Françoise Giroud, Geneviève Tabouis fut, des années 1930 aux années 1960, la première femme journaliste à acquérir une notoriété internationale. Bien connue des auditeurs de RTL, qui l'entendirent dans les années soixante annoncer les Dernières nouvelles de demain, elle fut d'abord au quotidien L'oeuvre l'une des chroniqueuses les plus en vue de la presse parisienne des années 1930. Jeune fille de la bonne bourgeoisie, introduite dans les milieux diplomatiques par son oncle l'ambassadeur Jules Cambon, elle sut vite se faire respecter dans un milieu d'homme en mêlant travail, panache et mondanité. Farouche adversaire du nazisme, " Frau Tabouis " dénoncée par Hitler dans ses discours dut s'exiler à Londres puis New York en 1940. Elle devint l'amie et confidente d'Eleanor Roosevelt. Rentrée en France à cinquante-trois ans, elle reconstruit de zéro une nouvelle carrière journalistique et connut une nouvelle notoriété grâce à la radio, encore active jusqu'à 93 ans ! A partir de sources inédites, voici la première biographie de cette grande journaliste, portrait nuancé d'une femme exceptionnelle à la volonté de fer, que l'on accusa longtemps d'être un agent soviétique - la réalité étant beaucoup plus complexe.

  • Le monde du travail a souvent inspiré l'imaginaire des contemporains et, avec l'émergence du mouvement socialiste au XIXe siècle, façonné une culture ouvrière et des représentations artistiques et médiatiques ambivalentes, oscillant entre la monstration des valeurs positives de l'émancipation par le travail et la révélation de rapports sociaux de domination. Dans les médias, la question du travail apparaît souvent sous l'angle des conflits sociaux générés dans un contexte de tensions entre salariés, syndicats et directions patronales ou de réformes visant à modifier les conditions salariales et d'exercice de l'emploi. Comment les médias contribuent-ils à rendre compte des luttes sociales dans le monde du travail, informer sur les enjeux des mobilisations et quelle visibilité accordent-ils aux travailleurs et travailleuses souvent marginalisés dans les représentations publiques ? Désindustrialisation, mutation des cultures syndicales, effacement des luttes ouvrières, montée en puissance des médias audiovisuels, déclin d'une presse d'opinion, etc. : depuis les années 1960, plusieurs mouvements historiques majeurs caractérisent cette rencontre entre le monde des travailleur·euse·s et le monde des médias ; certaines luttes sociales s'emparent en outre de nouveaux supports médiatiques pour s'adresser directement au public, inventant ou renouvelant des formes d'action parfois ancestrales.Préparé dans le contexte d'une grève historique contre le projet de réforme des retraites du gouvernement d'Edouard Philippe et d'une mobilisation des personnels de la recherche contre les préparatifs d'une future loi pluriannelle pour la recherche (LPPR), ce dossier « en lutte » du Temps des médias met en lumière certaines évolutions de la médiatisation des luttes sociales dans le monde du travail depuis la seconde moitié du XXe siècle. Un deuxième sous-dossier réunit trois contributions portant plus spécifiquement sur la façon dont les réseaux sociaux font émerger et entretiennent les discours de lutte.Coordination :Le comité de rédaction du Temps des médias

  • Deux fois par an, Le Temps des médias témoigne de la vitalité de la recherche historique et éclaire les grands débats contemporains sur les médias. Ses colonnes sont ouvertes à tous ceux qui, historiens ou non, contribuent à une mise en perspective. Outil de diffusion des connaissances, notre revue est aussi un espace de réflexion méthodologique et épistémologique sur la pratique de l'histoire, et un lieu d'échange entre les disciplines. Chaque numéro est organisé autour d'un dossier, fondé sur une thématique, un objet, une grande question générale. Le numéro deux "Publicité, quelle histoire?" évoque les multiples dimensions de l'histoire de la publicité. C'est la variété de ses facettes, économique, sociale, culturelle, que le dossier souhaite placer en évidence. Nous nous interrrogeons sur le marché et ses dynamiques, les stratégies commerciales des annonceurs, l'activité générée, mais aussi sur la profession qui s'est construite et s'est profondément transformée au cours du XXème siècle. Elle est un mode particulier de création, d'art et de culture, une forme originale d'expression et de langage, portée par des médias qui en vivent et la font vivre. Nous tentons de montrer que la publicité d'aujourd'hui est le fruit d'une histoire qui, seule, permet d'éclairer la place qu'elle occupe dans notre quotidien et l'intensité du débat qu'elle provoque, ici et ailleurs.

  • Le 18 avril 1904 apparaissait dans les kiosques le premier numéro de L'Humanité, lancé sous l'égide de Jean Jaurès. Depuis, acteur engagé, le quotidien a contribué à alimenter tous les grands débats politiques, sociaux, intellectuels de son temps. Passé du Parti socialiste au Parti communiste, après la scission de 1920, l'Humanité a conservé une place à part dans le paysage de la presse française, au long du XXè siècle. Organe de parti, son itinéraire est marqué par l'influence communiste en France puis son recul : ses grandes heures de gloire rejoignent celles du PCF, à commencer par le Front populaire et la Libération, où il atteint des records de diffusion, avant de perdre régulièrement de l'audience. Journal de militants, grandes figures (Cachin, Vaillant-Couturier) ou collaborateurs anonymes, il entretient avec ses lecteurs un lien sensible, une relation affective qu'aucun autre quotidien n'a jamais connu. Certes, L'Humanité n'est pas tout à fait un journal comme un autre. Pourtant, comme les autres, depuis un siècle, il doit produire de l'information, faire vivre une rédaction, s'adapter aux exigences de son lectorat, tenir compte des réalités -- parfois brutales -- du marché.

    Le présent ouvrage s'applique à prendre en compte tous les aspects d'une histoire aux multiples facettes, qui relie L'Humanité de Jaurès au quotidien d'aujourd'hui.

  • La question de la mémoire est devenue centrale pour les historiens, mais aussi pour les spécialistes d'autres sciences humaines, interrogeant les spécificités des génocides du XXè siècle. Si les études sur le rôle des témoignages, sur les initiatives privées ou l'action publique ont fait avancer la connaissance, la place des médias dans la construction de la mémoire n'est pas toujours suffisamment valorisée. Elle est, pourtant, à notre sens, tout à fait déterminante. Le présent numéro se propose précisément d'insister sur le poids et l'impact des outils médiatiques, compris au sens le plus large (presse écrite et audiovisuelle, cinéma, musées, multiples formes de l'image), dans le processus d'élaboration de la mémoire collective et les débats qu'elle suscite dans l'espace public.

    /> Incitant le lecteur à la réflexion comparative, le dossier, s'il s'articule sur la question matricielle de la Shoah, s'intéressera de près aux singularités des génocides arménien, tsigane, cambodgien ou rwandais.

  • « La presse est une industrie avant d'être un sacerdoce », disait Paul Thibaudet dans les années 1930. Pourtant, s'agit-il seulement de « vendre du temps de cerveau disponible » aux annonceurs comme le suggérait naguère le président de TF1 ?

    Le Temps des Médias, revue d'histoire, se penche sur la question en donnant aux analyses actuelles - souvent trop courtes parce que collées aux mouvements de l'actualité - la profondeur du champ historique.

    Depuis que, dans les années 1830, Émile de Girardin a inventé la presse à bon marché, les médias vivent avec l'argent de leur public, de la publicité et de financiers. Selon les époques et selon les médias, ces trois sources de revenu prennent plus ou moins d'importance. Si les entreprises médiatiques prospèrent souvent grâce à la satisfaction de leur public, il arrive que la corruption et la vénalité biaisent l'économie médiatique. Cette réalité fait débat, aussi bien dans le monde anglo-saxon qu'en France, et ce dès la Libération. La fragilité de l'économie des médias conduit parfois les entreprises à demander des aides de l'État ou à recourir aux formes les plus sophistiquées du marketing. Le marché de la presse en Europe acquiert ainsi une grande diversité. Dans ces évolutions, les journalistes demeurent avant tout des salariés même s'ils affichent souvent des préoccupations déontologiques. Depuis un quart de siècle, l'essor de la télévision a bouleversé le paysage médiatique, d'abord en s'emparant du cinéma pour en faire un produit d'appel, ensuite en devenant un secteur publicitaire majeur. Les médias sont ainsi devenus un pôle d'activité où la concurrence cède graduellement la place à la concentration. La percée fulgurante d'Internet renforce les mouvements économiques de la sphère médiatique, parce que ce nouveau média demeure un gouffre financier pour certaines entreprises, tandis qu'il favorise l'émergence de nouvelles pratiques et de nouveaux acteurs. Un combat de titans entre les médias se profile donc en ce début du xxie siècle, mais il plonge ses racines dans une histoire pluriséculaire.

  • Comment, depuis l'avènement de la démocratie, les médias ont-ils couvert et mis en scène les campagnes électorales ? Comment les hommes politiques ont-ils adapté leur discours et leur comportement aux exigences médiatiques ? Comment, lors des campagnes électorales, peut-on saisir le passage de la propagande à la communication politique ? Finissent-elles par se réduire à une bataille d'images pour conquérir l'opinion ? Ce dossier tente de répondre à ces questions. Pour la première fois, il étudie sur la durée, la relation étroite entre candidats, journalistes et opinion publique dans le contexte particulier et sensible des élections. Evoquant aussi bien les scrutins nationaux ou locaux, s'appuyant sur la diversité des médias (presse écrite, radio, télévision, cinéma, agences), le numéro dépasse le seul cas français, et tente une comparaison internationale (Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, Argentine).

  • le rapport entre la gastronomie et la france semble aller de soi.
    peu après " l'invention du restaurant " à paris à la fin de l'ancien régime, ce sont des français, grimod de la reynière, antonin carême, brillat-savarin et d'autres, qui fondent la gastronomie en élaborant un discours entièrement nouveau sur les plaisirs de la table.
    au cours du xixe siècle, de nombreux chefs français, et notamment ceux qui exercent leur talent à l'étranger, codifient une " haute cuisine " internationale.
    la gastronomie française se montre à la fois capable de recréer, en les " nationalisant ", les cuisines régionales, et d'assimiler de nombreux produits et procédés provenant de cuisines étrangères. les textes qui affirment son incontestable supériorité et son caractère national ne cessent alors de se multiplier, tandis qu'à l'étranger se modèlent, à travers l'examen de sa cuisine et de son art de vivre, des représentations de la france et des français.
    quelle identité culturelle française discours et représentations gastronomiques dessinent-ils depuis deux siècles ? s'éloigne-t-on nettement des conceptions présentes dans les textes fondateurs et normatifs de la première moitié du xixe siècle ? peut-on qualifier de rupture les mutations des dernières décennies qui se caractérisent, à la fois par un renouveau des " cuisines de terroir ", et par une diversification croissante des sources et des inspirations de la " haute cuisine " qui affaiblit la place internationale de la gastronomie françaiseoe
    cet ouvrage constitue les actes du colloque organisé en 2005 par le centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines (chcsc) de l'université de versailles st-quentin-en-yvelines et la société d'ethnologie française.

  • Nous savons, grce Montaigne, que le voyage est un " exercice profitable " : " Je ne sache point meilleure cole, comme j'ai dit souvent, former la vie que de lui proposer incessamment la diversit de tant d'autres vies, fantaisies et usances, et lui faire goter une si perptuelle varit de formes de notre nature ". Mais un voyage rel, quelles que soient les causes du dpart, les destinations et les types de dplacements prvus, ne s'effectue pas sans recourir des instruments divers d'orientation, de conseils et d'informations : les mdias, entendus au sens large, sont ncessaires au voyage ; mais n'en sont-ils que les auxiliaires ?Que fait le mdia au voyage, quand il raconte et met en rcit un " ailleurs " dont il dfinit lui-mme les contours et les limites ? Comment le transforme-t-il, en alimentant le dsir et l'imagination de ses publics, voyageurs et peut-tre, surtout, non-voyageurs ? Daniel Roche voit dans la production des rcits de voyage l'poque moderne, " un ensemble de rfrences qui servent comprendre ou refuser les diffrences et composent le fond d'une capacit au changement, l'intgration de la nouveaut " [1]. Ce jugement vaut-il pour d'autres temps ? Comment les mdias ont-ils accompagn et interprt le double mouvement d'largissement et de rtrcissement du monde qui s'acclre du xviiie au xxe sicle et dont le voyage est une composante dcisive ? Ou plus exactement les voyages, car au fil du temps, les finalits, les modalits, les destinations et les publics se sont tant accrus et diversifis que le march les a catgoriss, le voyage demeurant un exercice " profitable ", mais pas ncessairement au sens o l'entendait Montaigne. Telles sont quelques-unes des questions qui traversent ce dossier.Christiane Deluz explique les ressources de l'information orale indispensable aux voyageurs du Moyen ge - plerins, marchands - pour viter les obstacles et les dangers, pour solliciter les appuis et les protections ncessaires. Mais dj sont apparus les guides crits qui recensent les itinraires et les tapes obliges du chemin emprunt et la qute de l'information utile, s'ajoute, ds la fin du xiiie sicle, une curiosit qui rsonne comme un appel partir. L'imprim a permis de multiplier les rcits de voyage diffuss d'abord par les livres puis, de plus en plus, par la presse priodique. Yasmine Marcil observe travers la critique de presse de la seconde moiti du xviiie sicle la vogue des comptes rendus de voyages d'exploration scientifique, rvlatrice de l'engouement des Lumires pour le progrs des sciences, mais aussi de l'essor du journalisme critique, qui s'instaure en mdiateur entre les institutions savantes et le lectorat. L'exploration scientifique du monde se prolonge au xixe sicle selon une approche naturaliste et encyclopdique, mais l'expansion de la presse priodique illustre et l'intrt de la presse quotidienne pour les lointains font voluer les perspectives de traitement du voyage et surgir de nouvelles figures de voyageurs. La presse se donne elle-mme pour voyage, comme le montre Sylvain Venayre. Le journal est le point d'arrive et le point de dpart du voyage, avant mme le tournant de la seconde moiti du xixe sicle qui consacre le journalisme de reportage. Les reprsentations de l'explorateur en Afrique, tudies par Isabelle Surun, montrent comment la presse illustre populaire a li l'exploration de territoires mconnus l'appropriation du monde par la conqute coloniale, en faisant de la figure de l'explorateur-savant celle d'un hros national.

  • L'histoire des médias et celle des sports sont inextricablement liées ; si toutes les deux sont enfants du XIXe siècle, le rapprochement n'est pas seulement temporel : sports et médias participent de concert à la constitution d'une culture de masse qu'ils contribuent à modeler, à modifier, à répandre, par l'intermédiaire à la fois d'innovations techniques radicales, de nouvelles formes de mises en spectacle et en discours, et de relations bouleversées avec les autorités publiques. Ce dossier du Temps des médias porte un regard diachronique sur les interactions entre sports et médias.
    On y verra donc comment les médias ont participé à l'invention, à la transformation et à la publicisation de compétitions ou de pratiques sportives et symétriquement comment le sport a transformé la rhétorique des médias, a favorisé l'expérimentation de nouveaux formats de communication, la diffusion de nouvelles technologies, la promotion de nouveaux métiers... On lira aussi l'entretien avec un grand sportif devenu journaliste : Pierre Albaladejo et un journaliste politique saisi par le sport : Jean Lacouture.

  • 10000 à 100000 francs d'amende et jusqu'à un an de prison : voilà ce qu'il pouvait en coûter aux jeunes gens téméraires qui tentaient d'émettre sans autorisation de l'Etat dans les années 1970 ! En dépit de cette législation d'un autre âge, nombreux furent pourtant ceux qui se lancèrent dans la bataille des radios libres après le démarrage tumultueux de Radio Verte en 1977 : anciens de 68, militants reconvertis, écologistes, avocats, journalistes, syndicalistes, hommes politiques ou simples passionnés de technique, de musique et de parole libérée. Cet ouvrage, fruit d'une longue enquête auprès de ces empêcheurs d'émettre en rond, est le récit d'une lutte parsemée d'embûches et pétrie d'impertinence, dont l'aboutissement fut la transformation radicale et irréversible de notre paysage audiovisuel.

empty