Pu De Rennes

  • Peut-on réussir en politique grâce aux "médias" ? C'est souvent de cette manière que les professionnels de la politique, les journalistes ou les citoyens appréhendent l'usage politique des médias.

    Cette formulation fait pourtant obstacle à l'explication des processus sociaux à l'oeuvre dans la médiatisation de la politique. Afin de montrer comment la médiatisation peut être agissante en politique, cet ouvrage met à l'épreuve le concept de "capital médiatique", une forme de capital symbolique tiré de la médiatisation. Les contributions examinent les opérations d'accumulation, d'appropriation, de légitimation, de conversion ou de rentabilisation de ce capital, à partir d'études de cas (Louise Michel, José Bové, Emmanuel Macron ou les parlementaires).

    L'ouvrage n'est pas seulement une étude de la médiatisation du politique : c'est aussi une contribution à la sociologie du champ politique et des ressources qui y prévalent. Il analyse le travail des agents politiques en lien avec tout ou partie du champ journalistique, et plus largement dans un espace médiatique profondément transformé par le numérique. Il conclut à l'inégale rentabilité du capital médiatique selon la position dans le champ politique.

    Les réflexions engagées invitent à réfléchir, par analogie, à d'autres espaces pour lesquels la reconnaissance médiatique est un enjeu stratégique et semble être une ressource valorisée.

  • Qu'est-ce qu'un dirigeant de médias ? Comment sont définies les frontières du groupe ? Alors que la sociologie française a produit une littérature féconde sur les élites économiques politiques, étatiques intellectuelles et artistiques, le patronat de presse est resté à l'écart des terrains d'enquête. Cette situation tranche avec l'abondante littérature anglo-saxonne sur le personnel de direction des médias d'information. Résultat : dans les discours journalistiques et militants, le registre de l'autocélébration médiatique et son pendant symétrique, la dénonciation, alimentent le mythe du dirigeant de média tout puissant. L'objectif de cet ouvrage est de rompre avec ce sens commun en prenant pour objet d'analyse ce groupe professionnel. Il entend dépasser la personnification et l'anecdote pour dégager des logiques internes et externes, éclairer les différentes facettes de cette population, mettre en évidence les rouages de leur sélection. Comment se fabrique un dirigeant de média national, en France ? Au terme de quel processus ? Quelles sont les ressources et les capitaux qui sont valorisés ? Quels rapports de force entre segments de l'élite révèlent-ils ?

  • Ce livre offre un portrait détaillé des journalistes français et américains en action, alors qu'ils débattent de la façon dont traiter et commenter l'un des sujets les plus importants de notre époque. En s'appuyant sur des interviews avec des journalistes de premier plan et sur les analyses d'un vaste échantillon d'informations tirées de la presse papier et de la télévision depuis les années 1970, Rodney Benson montre comment le débat sur l'immigration s'est progressivement focalisé sur les cadres spectaculaires et chargés d'émotion de l'humanitarisme et de l'ordre public. Cependant, même en cette époque d'hyper-commercialisation globale, il met en évidence des différences franco-américaines persistantes - différences liées à des positions sociétales, des logiques professionnelles et des structures internes propres à chacun des deux champs journalistiques nationaux. Dans les deux pays, ce sont les médias les moins commerciaux qui ont tendance à offrir une information plus approfondie, plus multiperspectiviste et plus critique. Rodney Benson remet en question les thèses classiques du libéralisme selon lesquelles l'intervention de l'Etat aurait des effets inhibants sur la presse. Il met au jour les inconvénients et les avantages liés à la vogue actuelle de l'information narrative personnalisée et attire l'attention sur les pratiques journalistiques les plus susceptibles de permettre l'autonomisation de la société civile. Ce livre propose de nouvelles théories et méthodes aux sociologues et aux spécialistes des médias, ainsi que des perspectives neuves aux journalistes, aux responsables politiques et aux citoyens impliqués.

    Avec une préface de Erik Neveu.

  • Fruit d'une longue enquête au sein de plusieurs rédactions mobilisées contre les conséquences des restructurations et auprès des principales instances collectives, cet ouvrage démontre qu'au-delà de ses particularités, la profession de journaliste n'échappe pas à un cadre salarial certes protecteur mais également susceptible d'altérer son indépendance. Il analyse les formes de représentation, de participation et de mobilisation des journalistes et il met en lumière leurs capacités à peser sur les décisions engageant leur travail et son produit, l'information.

    Avec le concours du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Laboratoire IDHES UMR 8533.

  • Les médias occupent une place particulière dans nos démocraties contemporaines. Les journalistes sont souvent critiqués pour leur conformisme et leur "formatage". Mais on ne sait rien de la manière dont ils sont formés en pratique(s). Jusqu'à quel point des écoles peuvent-elles rester autonomes par rapport à l'Etat ou des entreprises de médias ? Comment ces savoir-faire se sont-ils codifiés ? Comment le contenu des formations est-il défini ?

    Pour répondre à ces questions, ce livre propose une socio-histoire des écoles de journalisme en France depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Il offre un nouveau regard sur le lien peu exploré entre formation et profession. Il repose sur l'exploitation d'archives inédites, d'observations et d'entretiens auprès des acteurs de cette histoire. Il raconte comment le journalisme est parvenu suite à l'affaire Dreyfus à se scolariser alors même que la plupart des professionnels considéraient à l'époque qu'il était possible de l'apprendre directement "sur le tas". A la Libération, le Centre de formation des journalistes (CFJ) est parvenu à imposer avec les syndicats de journalistes un modèle spécifique de formation reposant sur l'alliance de la technique et de l'éthique. Dans les années 1990, ce Centre a perdu progressivement la main sur l'espace de formation à la suite de crises financières. Dans les années 2000, de nouveaux acteurs comme Sciences Po Paris et les IEP de région s'invitent à leur tour dans le monde de la formation au journalisme. Cette recomposition s'accompagne du maintien d'un contrôle par la profession qui parvient ces dernières années à constituer un véritable groupe d'intérêt reconnu par l'Etat.

  • Louis Guilloux (1899-1980) dispose de marqueurs médiatiques très tôt avec La Maison du peuple (1927) et Le Sang noir (1935). Ils lui offrent des ressources (il est identifiable et dispose d'une place dans l'espace littéraire). Ils le lestent aussi d'un poids (la figure de l'écrivain-du peuple). À chaque fois, les médias semblent "réqresser" vers les oeuvres les plus connues pour confirmer la définition de la situation antérieure, soit un Guilloux écrivain révolté et anti-bourgeois.

    Analyser les réceptions médiatiques d'un écrivain, c'est aussi mieux voir les transactions à l'oeuvre. Guilloux compose, accepte, masque. Il évite aussi de parler de ce dont il ne souhaite pas parler, comme son voyage en URSS en 1936. Guilloux tente encore dans les médias de lutter contre sa peur de trahir ses origines autant que de dissimuler sa grande difficulté à se penser comme un théoricien de la (de sa) littérature.

    En observant au fil des contributions les réceptions de l'oeuvre de Louis Guilloux se dessinent en arrière-plan la vie des périodiques autant que le travail de la critique littéraire tout au long du XXe siècle.

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